vendredi 13 juillet 2012

Texte du 03/12/2011

Dix ans .
Nous sommes le 3 décembre 2011...
Il y a dix ans, dix ans déjà, je rentrais à l'hôpital...

3 décembre 2001, je suis terrorisée, j'ai passé les derniers jours en crises de boulimie tant mon angoisse m'étouffe.
Hier c'était l'anniversaire de Maman, je ne m'en souviens pas.
La terreur me ronge, l'impression que ma vie va finir, que je n'ai plus aucune issue, que c'est terminé pour moi.
 Je suis dans ma chambre, en train d'écrire à mon bureau.
Par terre, il y a une valise avec quelques vêtements et des livres, beaucoup de livres...
Je la regarde comme si elle ne m'appartenait pas. Consciente que demain va tout changer, je ne peux pas m'empêcher de trembler.
Le matin du 3 décembre, un réparateur est venu s'occuper du frigo qui avait rendu l'âme... Cette histoire m'inspirera quelques mois plus tard "La Maladie d'un frigidaire". J'ai dû quitter la cuisine et mange dans la salle à manger.
Un petit déjeuner gargantuesque que je ne compte pas garder.
J'ai trop peur. Tout semble figé...
L'admission est à 14h. Je suis terrifiée.
Il est l'heure, je dis au revoir à ma soeur dans un état second. Je suis épuisée. Les vomissements de ces derniers jours m'ont rendue exsangue.
Je veux que ça s'arrête. Je veux que tout s'arrête.
Mes parents me mettent dans la voiture.
Je ne comprends rien.
Je ne réalise pas. Je ne me souviens que vaguement du trajet. Puis cette salle d'attente. Je suis à côté de mes parents. Mais je suis ailleurs. Je ne veux pas comprendre...
On vient me chercher. Pour un entretien.
Mes parents demandent s'ils doivent rester ou s'ils s'en vont.
Autant se dire au revoir maintenant, c'est vrai, pourquoi attendre davantage ?
Ma mère a des larmes dans les yeux. Mon père aussi, je crois.
Quant à moi, je tremble et je ne comprends pas ce qui vient de se passer. Je ne comprends pas que je ne les reverrai pas avant plusieurs jours...
On m'emmène dans un petit cabinet. Le Dr P. me reçoit avec l'interne qui sera en charge de mon dossier, le Dr L. Ils me demandent l'historique de la maladie, mes comportements, me donnent quelques explications. Je me souviens m'être dit que je n'avais pas vraiment ma place, que je n'étais pas vraiment malade...
Et puis je me retrouve dans un petit ascenseur avec le Dr L. et ma valise. Il m'explique qu'il m'accompagne dans ma chambre. L'angoisse m'enveloppe. Je ne sais pas à quoi je m'attendais après cet entretien. A rentrer chez moi ? Comme si de rien n'était ?
L'ascenseur s'arrête au troisième étage. Service des troubles du comportement alimentaire. Il ouvre la porte à double battant du couloir. Une grande porte rouge. Un long couloir s'étend. On s'arrête vite. La pièce qu'il ouvre est la première chambre à droite du couloir. Je découvre une pièce petite, d'un jaune douteux.
J'ai toujours détesté le jaune.
Il me fait entrer et la première pensée qui me vient est celle-ci : "Je vais devenir folle".
Ce n'est pas seulement une pensée, c'est presque un souhait !
Si je deviens folle, je ne pourrais pas réaliser n'est-ce pas ? J'aurais moins mal ?
On vient me faire une prise de sang. L'infirmière me fait mal. On a bien pris soin de vider avec moi ma valise vérifier qu'aucun objet dangereux ne s'y trouve, aucun objet interdit... On me prend ma lime, mes sacs, tout ce qui peut couper, étouffer, trancher... Et on me montre le seau et le bocal. Destinés à recueillir les urines, les selles et les éventuels vomissements.
Je me retrouve seule et je pleure.
 Épuisée, je m'endors sur ce lit qui n'est pas le mien....
Je me réveille peut-être trois quart d'heure plus tard.
La nuit est tombée et là c'est le choc.
Je comprends.
Je comprends que je ne rentre pas chez moi.
Que je suis enfermée ici.
Que je suis toute seule, loin de ceux que j'aime.
Que je suis toute seule avec cette personne que je hais le plus au monde : moi-même ! L'angoisse monte, elle est terrifiante, elle envahit tout...
Les sanglots m'étouffent... Je suis malade, et je suis enfermée !
Je suis enfermée dans mon corps, je suis enfermée dans une chambre, je suis enfermée dans un hôpital !
Et je suis toute seule !
J'ai compris...

1 commentaire:

  1. Saisissant... Voilà un bon exemple de texte qui vous prends les trippes et fait des noeuds avec...

    RépondreSupprimer